21.07.2011

Une pièce de théâtre

Frida Kahlo sur les planches

Par Pierre Clavilier*

 

 

Alors que l’année du Mexique est tombée à l’eau pour des raisons qui nous dépassent, qui passent l'entendement de beaucoup tant au Mexique qu’en France, le théâtre Déjazet, à deux pas de l’emblématique place de la République, offre une poche de résistance. Il monte une nouvelle pièce consacrée à Frida Kahlo indissociable du Mexique comme le Mexique est indissociable d’elle. Attention peinture toujours fraîche est écrite et interprétée par Lupe Velez dont le grand talent donne corps à cette artiste hors norme. Et c’est vrai qu’un souffle de vie nous vient de la scène et nous décoiffe au détour d’une phrase, d’une posture, d’un silence ou d’un regard. Que dis-je souffle ? C’est un tourbillon auquel nous assistons ! Loin de Paris, loin de Mexico nous voici transportés dans un ailleurs qui n’est que le cœur de Frida, ses viscères et sa cervelle. Spectateur, nous rencontrons une Frida terriblement humaine avec ses doutes, ses revendications, ses deuils et ses blessures, sa création.

Nous, les amoureux de Frida et tout particulièrement moi, son premier biographe en langue française,  nous regrettions amersl’annulation de la grande exposition qui devait, à l’automne prochain et une partie de l’hiver, présenter à l’Orangerie des tableaux de Frida Kahlo et de son époux Diego Rivera. Un Rivera principalement connu dans le monde entier pour ses peintures murales en dépit des cinq mille tableaux à son actif, et voilà qu’au cœur de l’été éclôt une pièce qui nous console un peu de cette énorme perte culturelle…

Courrez, courrez donc chers lecteurs au Déjazet ! Les amoureux de Frida seront comblés, ceux qui ne la connaissent pas encore seront fascinés tant il est vrai qu’on ne peut pas ressortir indifférent d’une telle représentation. Le texte que vous entendrez est basé sur les écrits de Frida, c’est donc bien elle qui s’adresse à vous et non pas un tiers qui essaierait, avec plus ou moins de réussite, de la faire parler. C’est du sérieux et ce mot rime simplement avec merveilleux.

« Attention peinture toujours fraîche » FRIDA KAHLO THÉÂTRE DEJAZET, 41 boulevard du Temple 75003 PARIS – M° République - Du 29/06 au 17/08, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h00

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* Auteur de la biographie Frida Kahlo, les ailes froissées, Éditions du Jasmin.   

04.11.2010

De l'espoir au désespoir

Après le mariage auquel n’assiste pas la mère de Frida, le couple s'installe dans un appartement de Mexico pour quelques mois. L’année suivante, en 1930, Frida et Diego Rivera partent pour San Francisco, où Rivera reçoit plusieurs commandes de peintures murales. Frida alors dessine beaucoup.

 

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 On ne connait malheureusement pas assez les dessins de Frida Kahlo qui pourtant était une très grande dessinatrice, la preuve ce nu, intitulé Ma cousine qu'elle réalise en 1930. Sous cet intitullé fait pour détourner l'intention de celui qui regardera le dessein, Frida se représente-elle même. Déjà le thème du double s'exprime et il sera plus criant dans Les deux Fridas.

Mais Frida est très fatiguée, elle réduit sa production, la cause, elle attend un heureux événement. Les médecins qui l’ont soignée après son accident à Mexico qui lui prédisait que jamais au grand jamais elle ne pourrait donner la vie, se sont-ils donc trompés ? Frida l’espère de tout cœur pourtant, après seulement quelques semaines, elle perd l’enfant qu’elle porte… 

Inconsolable et l'amertume de sa vie transparaît dans les autoportraits qu’elle réalise. ils la représentent sombre, de plus elle vient de comprendre que Rivera, cet homme pour qui elle est prête à tout donner, a des liaisons extraconjugales avec des femmes travaillant avec lui sur ces chantiers et même avec celles qui posent pour lui dont la fameuse joueuse de tennis Helen Wills qui, en décembre 1929, s’est pourtant mariée à Frederick Moody.

 

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Une des fresques où Diego Rivera représenta Helen Will dont il se plaisait à répeter, un rien provocateur, qu'elle représentait à ses yeux archétype de la californienne. et dont Charlie Chaplin disait qu'elle était la plus grande danseuse qu'il n'avait jamais vue tant son déplacement sur le terrain de tenis lui paraissait léger et aérien.

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 Voici une autre représentation de cette sportive adulée par Rivera, cette peinture murale surplombe une vaste pièce.

 

28.10.2010

Un Tram, Un drame et un mariage

 

 

Frida même une vie heureuse. Loin de sa mère dans la journée, elle commence à affirmer son caractère. Peu à peu, elle perd la foi. Mais, la vie légère à ses limites et le destin se charge de le lui faire comprendre. Le drame survient le 17 septembre 1925 : le Bus qui la ramène de la prepatoria est harponné par un tramway, il se plie avant d’exploser. L'accident est terrible et Frida Kahlo est profondément blessée, au pied droit, une barre de métal la traverse et ressort par son vagin, quand on la lui retire, elle hurle. Dans la violence de l’accident, elle ne s’est pas rendu compte de son état. On l’opère et elle est hospitalisée pendant un mois C'est son dos qui est le plus touché. Sa force mentale lui permet de surmonter la mort qui se présente à elle pour la première fois. Elle doit rester aliter pendant plusieurs mois et il y aura des séquelles, dès lors elle va vivre un calvaire jusqu’à la fin de sa vie. Les atroces douleurs dans sa colonne vertébrale ne la quitteront plus, elles seront ses plus fidèles amies mais elle ne s'en plaindra jamais. Elle ne pourra pas avoir d'enfant, lui disent ses médecins. La vie l'avait déjà accablée : dans son enfance où elle avait été atteinte de la polio, maladie qui infecte la colonne vertébrale, et cette maladie lui laissera la jambe droite déformée (elle en gardera le surnom de « Frida l'estropiée »). Frida, dont la beauté ne demandait qu'à s'épanouir, devra sans cesse lutter jusqu'à la fin contre elle-même. Mais cette période de convalescence, pour longue soit-elle – environ trois mois - lui ouvre les portes de la peinture. En toute liberté, de son propre aveu, elle tentera de peindre les choses telles qu'elle peut le

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Voici la seule représentation que Frida fit de son accident.

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Le bus. Frida Kahlo, représente dans ce taleau intitulé le Bus, toute la société. De gauche à droite, la ménagère, l'ouvrier, l'indienne nourrice, l'enfant, l'homme d'affaire, l'étudiante.

 

 

 

 

En 1928, elle s'inscrit au Parti Communiste Mexicain. La vie politique de son pays est encore trouble et instable. Très moderne, elle défend avec vigueur l'émancipation des femmes mexicaines trop souvent soumises aux hommes : « cette masse silencieuse et soumise ». Elle va même jusqu’à afficher sans pudeur ni exhibitionnisme, sa liberté de femme moderne et même sa bisexualité. Pendant un débat politique (ou pendant une fête chez Tina Modotti, selon une autre version, rien n’est certain dans cette circonstance), elle rencontre Diego Rivera : c'est le coup de foudre. Cet homme, de vingt ans son aîné, est déjà un artiste reconnu internationalement il a travaillé pour le gouvernement, notamment dans l’école dont Frida était élève, la peinture de Rivera sert le grand projet d’éducation des masses qu’envisage le gouvernement en place. Le 21 août 1929, ils se marient à Mexico…

 

 

 

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Sur ce tableau qui représente son mariage avec Diego Rivera en 1929, Frida semble ne pas toucher terre, ses pieds sont minuscules tandis que ceux de son époux sont démesurément massifs comme s’il était ancré dans la terre, symbole même de la connaissance du terrain et de l’expérience de la vie. Si tous les deux sont peintres, c’est lui qui a en main la palette. Est-ce à dire que Frida Khalo a avant tout épousé l’artiste plus que l’homme ? Ce qui est certain c’est qu’elle voue pour Rivera une admiration complète, elle est fascinée par sa peinture tant et si bien que c’est à lui qu’elle a demandé de voir ses tableaux et de se prononcer si elle devait poursuivre dans cette voie. Rivera était alors marié avec Guadalupe Marìn (dite Lupe), dont il avait deux fillettes. Il était par ailleurs aussi le père de beaucoup d’enfants qu’il avait eu avec des maîtresses de passage mais dont il n’assuma jamais la paternité. En France il s’était marié à Angelina Beloff après avoir eu une liaison amoureuse de six ans avec Marie Vorobief, également peintre. Mais là, en août 1929, en épousant Frida Kahlo, il repartait à zéro.